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Date : 29/01/2027 à 19 h 15
(éd. Gallimard)
Réservations recommandées :
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« Jack London : il y a quelque chose de magique dans ce nom, une certaine image de l’Amérique, le côté crieur de journaux, le marin, le pilleur d’huîtres, le parfum des pays du froid, la lutte pour la vie, l’amour des animaux, un garçon massif aux yeux bleus qui se laissera volontiers photographier en souriant à l’objectif, incarnant la santé conquérante d’une Amérique devenue une terre sacrée qui donne ce qu’elle promet à qui veut bien se battre pour elle.
On n’a pas idée de ce que fut la célébrité de Jack London, de ce qu’elle continue d’être. Jack London : deux romans animaliers, quoi d’autre ? Je fais ça par cœur (juré !), comme une révision du bac, une évaluation mentale, un quiz littéraire. Commençons par l’évidence, et les deux livres les plus fameux : L’Appel de la forêt et Croc-Blanc.
Alignons d’emblée, celui qui l’est tout autant : Martin Eden. Je me souviens de quelques titres enchanteurs : Construire un feu, Le Loup des mers, L’Aventureuse, La Vallée de la lune, Contes des mers du sud.
D’autres, intrigants : La Sagesse de la piste, Le Cabaret de la dernière chance, Le Talon de fer, Avec vous pour la Révolution, Le Bureau des assassinats, Le Peuple de l’abîme, Les Pirates de San Francisco, La Peste écarlate.
Et comme souvent, chez les grands auteurs, on doit compter avec des chefs d’œuvre inconnus. A minima, chez London, il y a ces deux-là : Le Vagabond des étoiles, déjà mentionné ; Radieuse Aurore, qui méritera un chapitre entier. Qui s’intéresse à lui sait qu’en plus d’une éphémère présence sur terre, sa 8n de vie fut frappée de désenchantement et de questions sans réponse. Que les dettes s’accumulaient, les chagrins de famille et les peines se multipliaient,entre disputes de voisinage, désaveu des camarades dela section socialiste de Glen Ellen, résolutions vaines et abstinences clamées, ratées, parfois à peine entamées. Au bout de sa fatigue, il ne s’endormait qu’en avalant un volume astronomique de médicaments, auxquels s’ajoutaient quelques opiacés alors en vente libre. Il savait ce qu’il s’in;igeait. Mais les dernières semaines, il avait dû renoncer à ce qui fut longtemps sa raison d’être : l’écriture, les voyages, la politique. Cet homme de volonté qui disait « Je préfère avoir tout de quelque chose que quelque chose de tout » rejoignait les ombres. Il n’était plus ce boxeur fantasque qui posait devant les photographes en exhibant ses muscles, ce matamore de bistrot qui provoquait avec facétie ses contemporains au bras de fer, ce provocateur d’estrade qui appelait à la révolte et au renversement des patrons-exploiteurs. Il n’était plus ce cavalier qui arpentait la Vallée de la lune avec Charmian et sillonnait les collines de Glenn Ellen et ses 600 hectares deterreen slalomant entre les troupeaux de chèvres et les champs d’eucalyptus. Il ne comprenait plus son époque.
J’y penserai dans un endroit qui est un peu mon Glen Ellen, une maison perchée sur les collines d’une région française où aucun touriste ne s’aventure. »