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Date : 30/06/2026 à 19 h 15
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Aucun poète, aucun écrivain ni aucun philosophe de la tradition fran-çaise et européenne – pas même Diderot, pas même Stendhal, pas même Baudelaire, Proust ou Rilke – n’a jamais comme Bonnefoy misé sur l’élucidation de l’œuvre des peintres, des architectes, des sculpteurs et des photographes pour orienter sa réflexion ; ni consacré d’aussi nombreuses pages, aussi sérieusement et patiemment averties que les siennes, à ces arts visuels.
Or le projet fondamental de Bonnefoy consiste à appréhender les œuvres du passé et du présent non pas sous le régime objectivant et distancié d’une histoire des styles ou des courants esthétiques successifs, mais à partir d’une herméneutique existentielle des trajectoires artistiques à chaque fois singulières susceptible de défaire le « monde-image » dont l’empire délétère aujourd’hui s’accroît.
Loin donc de s’en tenir à l’entreprise de présentation, d’explication et de compréhension des écrits sur l’art du poète, le présent ouvrage poursuit une seconde tâche, plus radicale et qui détermine l’ensemble de son propos : celle de refonder l’histoire de l’art dans son rapport à l’histoire du nihilisme par le truchement d’une pensée du poétique comprise comme résistance spirituelle à l’expérience dévastatrice du néant.
Le présent ouvrage se divise en sept chapitres précédés d’une introduction et suivis d’un envoi, d’une table des matières, d’une table des illustrations et d’un index. L’introduction précise l’articulation ternaire de la structure globale de la démarche de l’auteur : les trois premiers chapitres retracent la genèse de la pensée de l’art du poète dans sa formation intellectuelle et artistique (dans la philosophie bergsonienne et existentielle, dans sa fréquentation du milieu surréaliste d’après-guerre), en passant par l’étude de l’ontologie fondamentale de l’architecture qu’il a élaborée, jusqu’à sa pleine maturité s’accomplissant dans le livre de 1970, Rome, 1630, l’un des sommets de sa prose et de sa réflexion analytique sur l’art.
À partir du chapitre central, consacré au phénomène photographique, et qui occupe la place charnière d’un revirement de l’exposé en direction de l’élucidation de l’engagement éthico-politique de la critique d’art de Bonnefoy, les trois chapitres suivants, solidifiés par ces acquis, sont consacrés au déploiement de son œuvre : à l’interaction entre poésie et peinture renouvelant la signification de l’Ut pictura poesis, et à l’entreprise monographique qui est sans doute l’apport le plus considérable de Bonnefoy à l’histoire de l’art (et plus largement à l’avenir de l’esprit). Enfin, l’ensemble de ce parcours parmi les textes et les images est de part en part orienté vers son septième et dernier chapitre exhumant la catégorie synthétique de la « couleur claire », qui est le nom que Bonnefoy a donné à la tâche immense de puiser, dans les œuvres du passé et du présent, les réserves d’espérance qui d’âge en âge y furent déposées.
Jeanne Dorn a étudié la philosophie, l’histoire et les lettres modernes à l’université Jean Moulin Lyon III. Lauréate de la bourse Daniel Arasse de l’Académie de France à Rome (Villa Médicis) où elle a séjourné, elle a soutenu sa thèse d’histoire de l’art en décembre 2024 à l’Université Paris Nanterre où elle poursuit actuellement ses recherches en tant que membre du laboratoire Histoire des arts et des représentations (HAR). Outre divers articles parus dans des revues françaises et étrangères, des préfaces de livres d’art et des contributions à des ouvrages collectifs, Jeanne Dorn est aussi l’auteure d’un livre intitulé Poésie et bonté. Baudelaire avec Rousseau, paru en 2022 aux éditions Hermann.