Catalogue de l'exposition du Musée du Louvre, Paris (Avril-Juillet 2008). Confrontation des installations de Jan Fabre avec les oeuvres de maîtres anciens...
En 1978, Jan Fabre dresse sur le terrain de ses parents une tente qui lui a servi un certain temps de couchette, de laboratoire, d'atelier, de refuge et de cosmos privé. (...) Mais en vérité, sachant bien ou soupçonnant en tout cas que rien ne saurait jamais aboutir à une conclusion définitive, Fabre érige, pour échapper à ce dilemme de la raison, une tente consacrée à l'art. Laboratoire scientifique à l'origine, elle devient un studiolo, la cellule germinale de l'artiste. Le pas franchi vers soi sous la forme d'un espace imaginaire a l'effet d'un acte de libération et de découverte de l'artificiel. Le territoire dans lequel Fabre évolue désormais est la surface noire de ce qui est étient et effacé, une abstraction sous laquelle l'instinct peut poursuivre son jeu obsédant. Un espace naît pour les sens acérés, qui obéissent à la voix de la nature. Le microscope, symbole de l'exactitude scientifique, d'une concentration visant l'observation précise en profondeur, représente l'artiste qui recherche avidement les corrélations, et représente du même coup l'acte de voir en général. Cela se produit à une date précoce en reflétant, d'une façon typique de l'oeuvre de Fabre, que voir signifie quelque chose qui vise à la fois l'intérieur et l'extérieur. (...)
La fascination du reflet et du redoublement. Elle est le point de départ de beaucoup d'oeuvres et le motif prédominant de toute l'exposition du Louvre. De la même manière que Jan Fabre se reflète constamment dans son oeuvre, qui lui répond comme un partenaire et interlocuteur, de même il provoque une réflexion des oeuvres de la collection dans les siennes, et celles-ci à leur tour dans celles de la collection. Le cercle se referme, dans un voir et être-vu réciproques.
Le spectateur marche sur la trace des oeuvres de Fabre et voit ainsi les pièces de la collection avec les yeux de l'artiste, voit la rencontre entre histoire et contemporanéité. Le choix spécifique, le face-à-face, la réaction intense, la confrontation, le ludique et l'effort d'affronter l'histoire de l'art, voilà qui accompagne continûment le spectateur et lui ouvre, dans la contemplation réciproque de l'un comme de l'autre, une autre vision de l'art.
Eckhard Schneider, Réver, voir et être vu , in Jan Fabre au Louvre. L'ange de la métamorphose, ouvrage publié à l'occasion de l'exposition éponyme présentée dans les salles du département des Peintures, Ecoles du Nord, aile Richelieu, du 9 avril au 7 juillet 2008, Gallimard, p. 81 à 85.
Résumé :
En mai 2006, Jan Fabre était invité par le Musée Royal des Beaux-Arts d'Anvers, sa ville natale, à imaginer un parcours de ses oeuvres au sein des collections.
En avril 2008, le musée du Louvre l'invite à renouveler cette expérience dans les salles de peintures des Écoles du Nord. La tradition picturale flamande est pour lui une source d'inspiration constante et déterminante. Le parcours proposé par Jan Fabre est une sorte de dramaturgie mentale mettant en scène les figures et les thèmes majeurs de son uvre avec ceux des maîtres anciens. Cet ouvrage, qui réunit les oeuvres des deux expositions - photographiées in situ par Attilio Maranzano -, permet de confronter tableaux célèbres du passé et oeuvres contemporaines.
Ce dialogue subtil et fructueux entre passé et présent se fonde sur des affinités électives, sur des rapprochements d'ordre stylistique, iconographique ou poétique, imaginés par l'artiste, véritable metteur en espace de ces confrontations. L'ouvrage comprend un entretien avec l'artiste, qui explique et justifie ses intentions, ainsi que des textes de spécialistes de son oeuvre. Il apporte ainsi un nouvel éclairage, tant sur l'oeuvre de cet artiste protéiforme que sur la spécificité des peintures flamandes et hollandaises des deux musées.
Exposition : PARIS 2008