Projections réunit les uvres dune dizaine dartistes dont les pratiques trouvent leur point de croisement dans un intérêt pour les manipulations temporelles, parfois en référence à la science fiction, parfois en prise directe avec un réexamen des acquis modernistes, notamment en architecture. Nées après des décennies de production de vidéos et de sophistication des images, elles dépassent la notion de spectacle pour sinterroger sur les schémas perceptifs et la possibilité dinduire une fiction.
« Ce que tous les films ont en commun, cest le pouvoir dentraîner la perception ailleurs. Tandis que jécris, jessaie de me rappeler un film que jai aimé, ou même que je nai pas aimé. Ma mémoire devient une forêt vierge peuplée de multiples ailleurs. » A Cinematic Atopia, 1971 la description que Robert Smithson donne de ce nouvel espace mental peuplé dimages est proche de limaginaire nourri de mélanges des temps, de virtuel et de réel qui fonde les uvres de toute une jeune génération. A ce titre, la projection du film de Chris Marker La Jetée à lentrée de lexposition dans Argos Cinema, structure en carton réalisée par Tobias Putrih, est programmatique. Latopie décrite par Smithson, comme lutopie, est un espace sans localisation physique. Les uvres exposées ont souvent pour point de départ les scories dune époque : architectures abandonnées, hypothèses laissées de côté, scénarios qui tournent court. Certaines des uvres sélectionnées expriment une vraie compétence dans les domaines de la 3D et des espaces simulés (Chris Cornish). Elles embrassent aussi les questions de décalage, de potentialités, induites par le stockage et la mémoire des données numériques (Jean-Pascal Flavien) mais peuvent aussi pointer un fort intérêt pour des techniques « dépassées » telles que la gravure (Cyprien Gaillard) et le dessin dillustration ou de vulgarisation à la Gustave Doré ou à la Camille Flammarion (Laurent Grasso). La plupart ont un substrat documentaire, quil sagisse de la forme dune salle de cinéma (Tobias Putrih), de données climatiques relevées par un service météo (Iñigo Manglano-Ovalle) ou dun événement artistique tel que lHommage à New York, machine programmée par Jean Tinguely pour sautodétruire, thème récurrent de la sciencefiction et sujet de la série H2NY du britannique Michael Landy.
La discontinuité, la question des modèles, lexpérimentation, la rupture, le passage, autant de notions qui façonnent le parcours de cette exposition.
Artistes présentés : Daniel Arsham, Gordon Cheung, Chris Cornish, Jean-Pascal Flavien, Cyprien Gaillard, Laurent Grasso, Michael Landy, Iñigo Manglano-Ovalle, Tobias Putrih
Exposition : NIMES 2009