Catalogue de l'exposition du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (oct.2007-janv.2008). Choix de 300 oeuvres évoquant l'interaction artistique européenne, de la chute de l'Empire romain, à la naissance des premiers grands musées...
Préférant de courts dossiers à un panorama superficiel, nous avons imaginé un certain nombre de thèmes qui rendent compte de la circulation de l'art et des hommes - amateur et collectionneurs, mécènes et artistes - dans un espace géographique assez large, qui va de Dublin à Palerme, de Cordoue à Stockholm, de Rouen à Sofia. Cette circulation menait autrefois les hommes, les artistes en quête d'information ou de clients, et les oeuvres qu'on leur commandait, par voies de terre ou souvent par les fleuves, dans des régions fort éloignées de leur lieu d'origine. Nous avons tendance à sous-estimer l'importance de ces déplacements alors qu'ils se révèlent cruciaux si nous cherchons à comprendre la migration des thèmes et des motifs formels.
La christianisation des peuples d'Europe - durant une longue période qui va de Constantin au IXe siècle - est un élément fédérateur. Pour l'histoire de l'art, l'époque carolingienne est d'un intérêt capital parce qu'elle nous permet d'assister à une mutation progressive : les formes empruntées à l'Antiquité sont adaptées à des programmes iconographiques chrétiens. Cette appropriation implique à la fois une continuité et une rupture, et même si l'empire de la dynastie franque n'est plus aujourd'hui considéré par l'ensemble des historiens comme la première manifestation de l'Europe, il tient, sur le plan artistique, une place inaugurale. Nous assistons donc à cet étrange paradoxe : tout comme l'art ornemental de l'époque des invasions, la tradition figurative antique va se trouver mise au service d'une religion qui ne place ni la nature - comme les peuples païens venus de l'Europe orientale -, ni l'homme - comme idéal gréco-romain - au centre de sa vision du monde, et donc de son art. Celui-ci va se charger d'exalter durant un millénaire, la foi en un dieu unique et en la promesse du Salut.
L'héritage antique ne cesse pas au IXe ou au Xe siècle. Il va se perpétuer jusqu'au XIXe, jusqu'à Picasso même. Prenant, cela va de soi, des aspects bien divers.
Roland Recht, Le grand atelier, chemins de l'art en Europe Ve- XVIIIe siècle, ouvrage publié à l'occasion de l'exposition éponyme présentée au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles du 5 octobre 2007 au 20 janvier 2008, p. 17.
Exposition : BRUXELLES 2007 2008