L'OEIL DU LIBRAIRE
Les choix de L'oeil cacodylate
Eté 2026
FOCUS EDITEUR INDEPENDANT
LA COLLECTION LIBRETTO

Deux termes résument l'esprit de la collection Libretto : l'intime et l'ailleurs. Récits de voyage ou autobiographiques (Humboldt, Dickens, Schumann, Miller...), traductions de précurseurs des romans gothique, noir ou policier (Wilkie Collins, Edgar Allan Poe, Le Fanu, William Chambers...), classiques anglo-saxons, balkaniques et de la Mitteleuropa (Jack London, Washington Irving, Ivo Andric, Drago Jancar, Mircea Cartarescu...), voix contemporaines singulières (Diego Muzzio, Iakhina Gouzel, Daniel de Roulet, Marie-Hélène Lafon)... Libretto s'impose par l'originalité des propositions, la rareté de certains auteurs, l'effet de surprise ménagé chez le lecteur. Des textes en format semi-poche à des prix très accessibles (le plus souvent entre 7 et 11 euros). Venez fouiller dans notre fonds constitué d'une centaine de titres pour agrémenter vos lectures estivales...

Trois excellents texte publiés dans la collection Libretto : Melancolia du roumain Mircea Cartarescu ; Un dimanche à la montagne de Daniel de Roulet ; les nouvelles de William C. Chambert, Le singe, l'idiot et autre gens... Mais il y en aussi plein d'autres à découvrir.
NOUVEAUTES - ARTS

MADELEINE DE SINETY. UNE VIE
éditions Delpire / 250 pages / 45 euros
Catalogue de l'exposition présentée au Jeu de Paume, Paris, du 12 juin au 27 septembre 2026. Madeleine de Sinéty. Une vie est la première monographie consacrée a la photographe, dont l'oeuvre s'étend sur quatre décennies, entre la France et les États-Unis. Photographe autodidacte, Madeleine de Sinéty réalise sa série la plus connue dans le village de Poilley, en Bretagne, où elle s'installe au début des années 1970. Elle y documente la vie de ses habitants, en couleur et en noir et blanc, dans une démarche à la fois artistique et profondément humaine. L'oeuvre qu'elle lègue est le résultat d'une observation fine du réel que ce soit à Paris, à New York ou à Poilley.

JAMES MCNEILL WHISTLER
éditions Tate / 224 pages / 44 euros
Catalogue de l'exposition présentée à la Tate Britain de Londres, du 21 mai au 27 septembre 2026. Ouvrage très complet, très belle maquette, comprenant plus de 180 reproductions, en anglais.

THE EAMES HOUSES - CHARLES AND RAY EAMES
RESIDENTIAL ARCHITECTURE
éditions Phaidon / 320 pages / 49,95 euros
Première monographie exaustive consacrée aux réalisations architecturales du couple Eames. Le livre documente en particulier huit maisons construites entre 1945 et 1955 grâce à de nombreux documents inédits (plans, esquisses, lettres, photographies d'époque) et un magnifique reportage photographique contemporain.
NOUVEAUTES - LITTERATURES
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Dictionnaire du langage des fleurs
Antonio Lobo Antunes
éd. Bourgois / 420 pages / 26 euros
Dans le Portugal de Salazar, une vaste propriété agricole non loin de Lisbonne fait les beaux jours d'une famille aisée, avec ses vignes, son bétail, sa roseraie et, dans le salon de musique, un piano qui ne cesse de faire entendre ses mélodies. Mais bientôt le domaine périclite, les cigognes disparaissent et Júlio, le fils aîné, choisit de rejeter son milieu d'origine pour embrasser la cause communiste. Alors que la police politique torture et déporte les opposants, Júlio s'engage dans la lutte clandestine et s'impose comme une figure de premier plan du Parti. Mais son homosexualité dérange, y compris dans son camp. C'est le portrait diffracté de cet homme valeureux et énigmatique que brossent ici une poignée de personnages ayant croisé sa route, tout en sondant leurs propres gouffres. Avec une langue torsadée, faite d'échos et d'éclats, le Dictionnaire du langage des fleurs est l'un des derniers livres écrits par António Lobo Antunes avant sa disparition en mars 2026.
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De la source à la plume
Voyage dans le thermalisme culturel européen
Claude Bouheret
éd. Noir sur blanc / 280 pages / 23 euros
De tradition millénaire, le thermalisme européen a eu son apogée durant la seconde moitié du XIXe siècle, ayant trouvé sa place dans la vie politique, sociale, culturelle et artistique de l'époque.De l'Angleterre au Caucase, en passant par la France, la Suisse, l'Italie, l'Allemagne et la Bohême, ce phénomène développa peu à peu une « culture des eaux » qui fit la prospérité de cités nouvelles, vouées à la santé et au divertissement.Des stations thermales comme Spa, Bath, Vichy, Aix-les-Bains, Wiesbaden, Karlsbad et Marienbad, ou encore Loèche-les-Bains et Bagni di Lucca, furent aussi au fil du temps des lieux de rencontres et de négociations économiques et politiques, mais aussi le lieu de villégiature d'écrivains et d'artistes renommés.Voyage dans l'espace et dans le temps, ce livre révèle les diverses facettes de l'histoire sociale et culturelle des villes d'eaux européennes qui, inscrites aujourd'hui sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité, témoignent de leur remarquable diversité.
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Hommes de maïs
Miguel Angel Asturias
éd. R & N / 300 pages / 23 euros
Pour les Mayas, l'homme est né du maïs. La céréale sacrée est faite pour nourrir l'homme ; la cultiver à des fins mercantiles est un véritable crime. Aussi, lorsque des "Maïceros" appuyés par le gouvernement se mettent à détruire les forêts et dévaster le sol, les Indiens se révoltent farouchement. Parmi eux : les Sorciers, dépositaires de la vieille sagesse maya et servants d'une religion que la Conquête espagnole n'a pu abattre.
Classique de la littérature espagnole et universelle, Hommes de maïs, œuvre majeure du grand écrivain guatémaltèque, baroque, surréaliste, précurseur de toute la littérature sud-américaine moderne, est roman d'un foisonnement prodigieux, d'une émouvante et profonde beauté.
NOUVEAUTES - IDEES

Les controverses Bruno Latour
Enquête dans les mondes de l'architecture
Margaux Darrieus et Léa Mosconi (dir)
éd. 205 / 192 pages / 22 euros
Comment les architectes se saisissent-ils·elles des travaux de Bruno Latour (1947-2022) dans leurs pratiques, leurs enseignements et leurs recherches?
Si celui-ci apporte aux architectes des questions, comme celle de l’héritage encombrant de la modernité; des thèses, comme celle de l’Anthropocène; des concepts, comme celui des hybrides, c’est aussi à un décloisonnement volontaire des disciplines que sa pensée conduit, notamment à travers la prise en compte de la crise écologique. Les architectes sont-ils·elles plus enclin·es à s’approprier les concepts ou les outils de Latour ? Que nous racontent leurs emprunts et leurs rapprochements, les affiliations et les généalogies qu’ils·elles revendiquent ou esquissent en creux ? Quelles sont les lignes de conflit que tracent leurs façons parfois conflictuelles de s’attacher au penseur ou de s’en distancier ? Est-ce simplement une volonté de suivre l’air du temps en s’adossant à une personnalité à l’influence tentaculaire? Ou, plus profondément, cela témoigne-t-il de modifications substantielles des manières d’être et de faire des architectes ?

Allures dissidentes
Elizabeth Fischer, Klimte, Magali Le Mens
éd. Art & Fiction / 456 pages / 39 euros
Allures dissidentes retrace l’histoire culturelle et matérielle des apparences du 19e siècle à aujourd’hui. Tous les jours, en nous habillant, en nous coiffant, en nous chaussant, nous créons, sans en avoir forcément conscience, des allures. Le livre aborde les stratégies historiques et actuelles de personnes queer ou non, qui sortent des codes dominants et négocient avec les normes binaires occidentales. Portant son attention sur la Suisse, la Belgique, le Canada, la France métropolitaine, la Guadeloupe et La Réunion, cet ouvrage propose des articles de référence, en français, pour élargir un champ d’études encore dominé par les ressources anglophones. Ce livre n’est pas une encyclopédie qui enferme et fige les définitions, mais un patchwork de récits qui invite celleux qui s’intéressent à la mode, au genre et aux cultures queer, à se saisir du contenu et à créer leur propre lecture.

L'oeil de l'histoire.
Espace et cartographie
Jean-Marc Besse
éd. Parenthèses / 260 pages / 26 euros
Depuis le xviie siècle, pour les philosophes et les historiens, la cartographie a servi de modèle permettant de penser l’organisation des savoirs. Aujourd’hui ce geste se prolonge dans les sciences sociales, où l’espace est devenu une catégorie centrale de l’analyse culturelle.
Ce déplacement traverse également les pratiques artistiques contemporaines, qui font de la carte un terrain d’expérimentation critique. De même, la géographie irrigue la philosophie, qui voit dans la carte une forme de pensée et un outil d’investigation intellectuelle.
En replaçant la géographie au cœur des processus de connaissance et de création, L’Œil de l’histoire propose une réflexion décisive : la carte n’est pas une simple image du monde, mais un espace de projection et d’élaboration de la pensée et de la connaissance. Loin de se réduire à un simple auxiliaire de l’histoire, elle constitue un dispositif à part entière dans les opérations du savoir historique, aussi bien dans les domaines des sciences que dans celui des arts et de l’architecture.
UN CLASSIQUE
ELISEE RECLUS - LA SICILE

La Sicile
Elisée Reclus
éd. Nous / 224 pages / 20 euros
La Sicile est un récit de voyage accessible et séduisant porté par une exceptionnelle qualité d’écriture. Il est aussi bien plus que cela. Quand, au printemps 1865, Élisée Reclus débarque en Sicile, il n’est pas un simple voyageur. Géographe de renom, il vient observer l’éruption volcanique de l’Etna, mais ce qu’il va découvrir dépasse largement la science : il pose le pied sur une île qui traverse une période de transformation politique et sociale profonde, et il porte une attention constante aux inégalités sociales et aux structures de domination. Le voyage en Sicile constitue depuis le XVIIIe siècle une étape du Grand Tour méditerranéen. D’illustres auteurs (Dumas, Renan, Maupassant) en laisseront une trace écrite. Mais si la plume Reclus rivalise en beauté avec celle de ses prédécesseurs, notamment dans ses descriptions de l’Etna ou de la lumière méditerranéenne, elle maintient toujours une précision topographique exemplaire. Cette alliance du beau et du vrai n’est pas fortuite : pour Reclus, comprendre les phénomènes naturels nourrit l’émotion esthétique, et l’éducation du regard fait partie de l’émancipation humaine. L’alliance qu’il propose entre rigueur scientifique et sensibilité esthétique trace une voie encore féconde pour penser notre rapport au monde.

Chien noir
Lucie Baratte
éd. du Typhon / 195 pages / 9,90 euros
Il était une fois un conte obscurci, englouti par un océan de ténèbres, qui gisait tout au fond du foyer des histoires, étouffé en secret sous le gris de la cendre.
Dans un pays lointain, la jeune Eugénie est mariée de force au mystérieux Roi Barbiche par son père. Commence alors pour elle un voyage aux confins du monde qui l’entrainera dans un château rempli de noirceur.
Pensé à la fois comme une relecture de Barbe bleue, une réponse littéraire aux contes des Précieuses du XVIIIe siècle et aux romans magiques d’Angela Carter, Le chien noir s’inscrit dans une histoire féminine de la littérature. Celle d’Anaïs Nin, de Mary Webb, en passant par les sœurs Brontë ; des autrices qui refusent l’ordre établi et le bousculent par l’expression d’un désir éclatant. La mise en lumière de l’étrangeté personnelle devient ainsi une arme d’émancipation.

Vers les îles Eparses
Olivier Rolin
éd. Verdier / 128 pages / 10 euros
Naviguant vers les îles Éparses du canal du Mozambique, je fais deux voyages en un seul. L’un me mène vers l’éblouissement d’une nature presque vierge : poissons aux couleurs et dessins extravagants, tortues marines, crustacés chamarrés et biscornus, grands papillons migrateurs, vols stridents de milliers d’oiseaux… profusion inouïe, fantasmagorie de formes baignées dans les « bleuités, délires » qu’évoque le poème le plus connu de Rimbaud.
Intérieur et ironique, moins exaltant, l’autre voyage est presque le contraire du premier : passager insolite à bord d’un bateau dont les marins ont l’âge parfois d’être mes petits-enfants, ce n’est pas seulement vers les îles que je navigue, mais vers l’état fragile et un peu ridicule de vieux. Habitué à mon apparence, je ne me suis pas vu me transformer en cet être de papier mâché en qui les autres identifient immédiatement un semi-vivant. L’océan Indien sera pour moi la mer de la Sénilité… Parfois cela m’amuse, pas toujours – j’espère en tout cas en faire sourire le lecteur.

A quatre pattes
Miranda July
éd. Folio / 480 pages / 9,50 euros
Après avoir reçu une jolie somme d’argent, une quadragénaire, mère de famille et artiste vaguement célèbre, saisit l’occasion pour s’offrir un séjour dans un bel hôtel à New York. Elle traversera le pays en voiture depuis Los Angeles durant trois semaines. Vingt minutes après avoir laissé mari et enfant à la maison, elle décide de s’arrêter dans une petite bourgade pour faire le plein et de passer la nuit à l’Excelsior. Un motel où elle croise Davey, un homme au regard magnétique. Commence alors une aventure bien différente de celle qu’elle avait prévue.
Avec un humour échevelé et une audace détonante, Miranda July raconte l’histoire d’une femme qui, à l’aube de la cinquantaine, se risque à réinventer sa vie familiale, personnelle et sexuelle.